Le Blog du Festival International du Film de Pau

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dimanche 11 décembre 2011

Action … Coupez !

Ouf … Finis les articles jusqu’à une heure du matin ! Pour clôturer ce deuxième Festival International du Film de Pau, les premières 2 et 4 du lycée Jacques Monod tiennent à remercier l’accueil chaleureux de l’équipe du Méliès. En particulier Sarah Beaufol, qui n’a pas hésité à nous supporter une année de plus et qui nous a fourni tous les moyens nécessaires pour que nous puissions travailler dans des conditions idéales. 

Merci  aussi à tout le personnel du cinéma le Méliès : le porteur de programme dans la salle des profs, celui qui se prend pour Jean Luc, celle qui ne sait pas faire les créneaux et qui nous fait du chantage parce qu’elle a « un dossier sur nous », à celui qui se prend pour un « prof de cinéma », celui qui présente toujours trop longuement les films pour les jeunes… (Les profs se lâchent, mais un peu d’humour n’a jamais fait de mal à personne !) 

Enfin mille mercis aussi à ceux qui nous ont joyeusement fait découvrir l’univers culturel du cinéma d'art et d'essais. Nous avons été très heureux de participer à la rédaction de ce blog et cela a été un honneur pour nous ! Nous espérons que tous les passionnés ont vivement apprécié cette semaine riche en émotions. 

Tous les commentaires sont les bienvenus. Nous remercions nos chers, bien-aimés et illustres professeurs M. Campagna et M. Lanave. Il est deux heures du mat’… Bonheur à la prochaine édition !

Léa Tendron, Laurie Martin, Sophie Canon, Manon Vleugels, Lucille Torne, Morgane Evrard, Lucille Gay, Marie Royer

La dernière Surprise !

Voir la bande annonce

Nous avons eu l’honneur de voir en avant première nationale, la dernière projection de ce festival :« Le Havre ». Un film très touchant qui aborde des sujets actuels avec légèreté. Ce long métrage signé Aki Kaurismaki traite de l’immigration et de l’accueil de ces « indésirables » dans une société française qui n’offre plus la liberté de passage.

Les couleurs sont très belles, chaque plan est travaillé comme une photo, et les personnages s’expriment avec une naïveté touchante ce qui donne au résultat un ton surréaliste au film. L’époque semble indéfinie, cependant le spectateur y retrouve les problèmes d’aujourd’hui.

Une fable bouleversante et parfois très drôle qui plaira à toutes les générations ! A retrouver prochainement au Méliès !

Léa Tendron, Laurie Martin, Sophie Canon, Manon Vleugels, Lucille Torne, Morgane Evrard, Lucille Gay, Marie Royer

C’est l’heure des récompenses !

Cette année, vingt-cinq films ont été présentés en compétition. La présidente du jury, Odile Barski, a tout d’abord tenu à féliciter l’équipe du festival pour sa sélection et son investissement. De nombreux pays y étaient représentés à travers les réalisateurs et acteurs.

Sarah Beaufol, directrice du festival, a remis le Prix du Public au documentaire The Redemption of General Butt Naked de Daniele Anastasion et Eric Strauss. L’œuvre est parrainé par le groupe « Pyrénées presses » qui soutiendra ce film dès sa sortie en salles. A noter que le film colombien Todos tus muertos de Carlos Moreno s’est classé second.

Vient ensuite le prix du meilleur acteur, décerné à Anders Danielsen Lie pour son interprétation dans le film norvégien Oslo, 31 août de Joachim Trier.

La lauréate de la meilleure actrice est Catherine de Léan, jeune québéquoise saluée pour son rôle de Clara dans Nuit #1 d’Anne Emond. Présente dans la salle et visiblement émue, elle a reçu son premier prix et a tenu à souhaiter « longue vie à la langue française, au Québec et au festival du film de Pau ! »

Et enfin le prix tant attendu : le Pyrénées du meilleur film, Sangue do meu sangue de Joao Canijo ! La récompense a été reçue par l’actrice Anabela Moreira qui campait le rôle d’Ivete et qui avait enthousiasmé notre équipe de bloggeurs d’hier.

Pour terminer cette belle cérémonie de clôture, Frédéric Beigbeder, visiblement ému, à travers un hommage appuyé, a remis le Pyrénées d’honneur à Jean-Pierre Léaud : « car cet homme est une montagne ». Cet acteur emblématique a tenu de préciser, en remerciant la salle : « J’ai accompli comme une œuvre ».

Léa Tendron, Laurie Martin, Sophie Canon, Manon Vleugels, Lucille Torne, Morgane Evrard, Lucille Gay, Marie Royer


Retour au bercail !

Il faut avouer que l’événement le plus attendu de cette journée était la venue de « l’enfant du pays », Frédéric BEIGBEDER, qui nous a présenté en avant-première son premier film adapté de son roman publié il y a quinze ans « L’Amour dure 3 ans ».

Le réalisateur nous a semblé très impatient de voir les réactions en direct de son public, ce qu’un romancier ne peut jamais appréhender. L’entretien a commencé par un « Alors ? » suivi des rires et applaudissements du public..

Il lui a été facile d’adapter son livre au cinéma puisqu’il qualifie lui-même son histoire de « banale » C'est une comédie romantique qui plaira au plus grand nombre. En plus, transposer son propre livre en film permet de le corriger et de l’adapter au temps qui passe. « C’est une chance dans le vie d’un romancier » dit-il. Nous pouvons notamment apercevoir divers paysages de la Côte-Basque, qui lui sont aussi familiers qu’à nous.

Ce long-métrage nous propose l’histoire amusante de Marc Marronnier, homme dégoûté de l’amour après son divorce. A la suite de cet épisode de sa vie qui l’a bouleversé et qui l’a rendu très amer, il se persuade que l’amour ne dure pas plus de trois ans : « La première année, on achète les meubles, la deuxième année, on déplace les meubles et la troisième année, on partage les meubles ! ». Il a donc écrit un pamphlet contre l’institution du mariage pour mettre en garde tous ceux qui s’y risquent...

« Un film à ne pas voir en couple !» selon BEIGBEDER, et c’est avec humour et beaucoup d’autodérision qu’il parle de son film. Il y évoque l’usure du désir, du couple par le biais du rire. La modernité traverse son film avec des scènes inspirées de l’esthétique de la  publicité (il a travaillé dans la pub), le personnage s’adresse à la caméra (il s’est inspiré de Woody Allen dans Annie Hall) : « c’est un film moderne et j’aime ça ». On y retrouve des pointures du cinéma français dans des seconds rôles personnalisés, comme Valérie Lemercier, Anny Duperey… des copains de Beigbeder qu’il a croisés à Canal+ comme l’équipe du Grand Jounal, Moustic, les Miss météo Frédérique Bel et Louise Bourgoin…un grand compositeur de musique de film, Michel Legrand et même le rappeur Joey Starr qui s’adonnent à la fin du film à un étonnant duo. 

Mais Frédéric Beigbeder a tenu surtout à rendre hommage à l’invité d’honneur, Jean-Pierre Léaud, sans lequel dit-il « il n’aurait jamais peut-être écrit de livre ». D’ailleurs, le choix de Gaspard Proust, comme acteur principal avec son jeu naturel, spontané et timide n’est pas sans rappeler le jeu de l’acteur des 400 coups.

C’est avec humour qu’il nous annonce pourquoi à 46 ans il s’essaie au métier de réalisateur : «Le livre étant menacé de disparition, fallait bien que je me reconvertisse dans un nouveau job ! ».

C’est un  homme chaleureux, audacieux, bourré d’humour et proche de son public. Nous avons d’ailleurs pu obtenir de lui une petite séance photo qui a bien fait plaisir à tout le monde. Puis Sophie ne s’est pas dégonflée, juste avant la remise des prix, elle est allée « taper la discussion » et elle est revenue toute fière avec sa petite dédicace : « Merci Sophie pour cet excellent entretien à genoux ».

Bref, Frédéric Beigbeder avoue « s’être fait plaisir dans ce premier film ».On le rassure, un plaisir très communicatif !

Léa Tendron, Laurie Martin, Sophie Canon, Manon Vleugels, Lucille Torne, Morgane Evrard, Lucille Gay, Marie Royer

« Une montagne à Pau »

Aujourd’hui, nous avons assisté à la courte rencontre du public avec l’invité d’honneur du festival : Jean Pierre Léaud, acteur passionné, icône de la Nouvelle Vague (d’après les professeurs intéressés). Il débute carrière à l’âge de 14 ans avec le film de François Truffaut, Les 400 coups. Ce célèbre réalisateur lui transmet son amour pour le cinéma. Le duo continue de tourner jusqu’en 1978 : le personnage d’Antoine Doinel, joué par Léaud s’inscrit dans l’histoire cinématographique. Cet homme énigmatique décrit son jeu d’acteur comme naturel, corporel, apportant une touche de dérision et d’humour. Humour qu’il a manifesté aussi en nous livrant cette petite anecdote : alors qu’il se rendait sur le tournage du Testament d’Orphée de Jean Cocteau, sa mère lui a demandé s’il connaissait bien son texte. Léaud lui a répondu « Non, je veux faire comme avec Truffaut, je vais improviser. » Sa mère a alors rétorqué : « Non, avec Cocteau, c’est différent, lui c’est un poète ! » et de partir dans un grand éclat de rire.

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Il nous a donné l’image d’un homme un peu lassé par les questions récurrentes. Après plus de quarante ans d’une carrière sans pareille, il garde cependant en lui le bonheur d’être acteur : « ma vie est portée par l’amour du cinéma, l’acteur doit préférer le cinéma à sa personne ». Jean Pierre Léaud est sur un plateau comme chez lui, comme en témoignent ces deux extraits : le casting et une scène des 400 coups.

Léa Tendron, Laurie Martin, Sophie Canon, Manon Vleugels, Lucille Torne, Morgane Evrard, Lucille Gay, Marie Royer

samedi 10 décembre 2011

Rencontre avec Séraphine

Aujourd’hui, c’était tout le monde au Festival du film de Pau ! En effet,  deux classes de première 2 L/ES et 4 S et les secondes option" Création artistique et littéraire"  du lycée Jacques Monod ont eu la chance d’assister à la représentation cinématographique de « Séraphine » de Martin Provost que nous avons rencontré par la suite. Sorti  à l’écran en 2008 et malgré un faible budget (3M d’euros quand même pour un tournage de 8 semaines), ce film a été récompensé de sept oscars « inattendus », notamment celui du meilleur scénario tant espéré par le réalisateur. Vous lecteurs attentifs de notre blog vous connaissez certainement ce film  mais pour nous c’était une découverte !

Rapide résumé. Ce film est basé sur la véritable histoire de la peintre renommée Séraphine de Senlis. Il nous raconte la vie de cette modeste femme de ménage  qui grâce à l’aide d’un marchand et critique d’art Wilhelm Uhde va devenir une peintre célèbre et reconnue. 

Ce film est très palpitant, touchant et poignant grâce à la formidable prestation de Yolande Moreau.

Dans une ambiance chaleureuse, Martin Provost, par ailleurs membre du jury, a pris son temps pour  nous  livrer des anecdotes sur le tournage.

Travail de photographe réalisé par des élèves de seconde de la Créac de Madame Alvarez qui nous a accompagnés cette journée avec Madame Léglise.

Il nous a d’abord parlé de l’enfance et des moments de la vie de Séraphine qu’il n’a pas traités dans son film. Orpheline à 7ans, enfant douée à l’école, rentrée au couvent et sœur converse de ses 10 à 40 ans, la vie de Séraphine a basculé lorsque son « ange gardien » lui est apparu et lui a ordonné d’être peintre. Il a approfondi la relation avec Wilhelm Uhde, rajouté des personnages qui n’existent pas (Minouche et la logeuse) pour faire comprendre «qu’on n’est rien tout seuls ». Il nous a ensuite longuement expliqué comment le film avait pu être réalisé. Martin Provost traversait une phase difficile de son existence d’artiste. Il avait essayé de monter un film qui « s’est cassé la figure », une amie lui a alors proposé le sujet de Séraphine en lui disant qu’il l’intéresserait parce qu’il était en rapport avec sa propre situation. C’était vrai et le film a commencé à germer dans sa tête ! Le but de Martin Provost c’est de montrer ce qu’est un chemin artistique. Souvent au cours de sa conversation avec nous, il nous a donné sa conception de l’art. Celui-ci est toujours lié à une certaine recherche de  la reconnaissance et de l’amour : « pas d’art véritable sans amour ! ». C’est ainsi qu’à  travers l’art, Séraphine épouse la vie spirituelle. 

Nous l’avons interrogé sur les nombreuses scènes qui représentaient la nature. Martin Provost nous a répondu que les textes disaient que Séraphine parlait aux arbres (comme le réalisateur lui-même) et que la nature est importante dans la démarche artistique : « Pas d’art sans communion avec la nature ». 

Nous avons évoqué avec lui l’actrice Yolande Moreau. Comme elle habite à 3 km de chez lui, il l’a rencontrée, elle était dans son jardin inondé de fleurs au printemps. Il voit de suite en elle Séraphine lors de leur première rencontre. Le début du tournage a été rude puisque Yolande a eu du mal à se mettre dans la peau d’une femme pieuse. Elle jouait comme dans « les Deschiens » ! Un jour il lui dit : «  Pour jouer Séraphine, pense à Dieu car elle vit avec Dieu 24h sur 24 ». La prise suivante Yolande était transformée et à partir de ce jour elle a été éblouissante et elle disait : «  Je ne suis pas croyante mais je me met dans mon coin et Séraphine est avec moi ».

N’oublions pas que le film comporte de nombreux tableaux. Ceux-ci ne sont pas les vrais tableaux de Séraphine. Les peintres engagés sur le tournage ont d’abord reproduit les tableaux « au millimètre près » mais ça ne prenait pas. Il a fallu qu’ils se réapproprient les mêmes techniques que l’artiste  afin que les tableaux « se mettent à vivre. » 

Enfin, Martin Provost a terminé sur les nombreux Césars reçus. « C’était merveilleux pour Séraphine. Avant qu’elle meure à l’asile de Clermont, elle avait confié qu’elle rêvait d’un grand enterrement, avec une plaque funèbre disant qu’elle voulait  une résurrection merveilleuse. C’est ce que le film a permis. C’est le fondement de l’art ! » Alors, longue vie à Séraphine !

Un rencontre bouleversante

Projection de Sangue do meu sangue de Joao Canijo suivie d'une rencontre avec l'actice Anabela Moreira

Après la projection du film, nous sommes encore sous le coup de l’émotion. Nous avons été épatées par le jeu des acteurs et particulièrement par celui d’Anabela Moreira dans le rôle de la tante. Sa présence s’intensifie au fil des scènes. Au départ, ce personnage est présenté négativement, un peu comme une profiteuse et elle semble à l’écart du groupe familial. Or, dans le dénouement, elle devient l’héroïne du film puisqu’elle se sacrifie par amour pour son neveu Joca. Elle finit donc par lui pardonner même s’il l’a mise en danger et qu’il l’a entrainée dans un guet-apens d’une rare violence.

Nous avons assisté à la rencontre avec cette actrice que nous avons eu la chance d’interviewer (elle est très abordable, très gentille). Elle a rappelé que le tournage s’était déroulé pendant près de deux années. Elle est restée trois mois dans la maison où le film a été tourné. C’était un processus long et intense car elle a vécu au cœur de la misère et d’une violence sociale dont elle s’est imprégnée. Elle considère que ce projet demandait une implication totale car le réalisateur Joao Canijo voulait que son film soit proche d’un documentaire. 

Elle a expliqué que le but du film était de montrer l’amour inconditionnel sous la forme d’un sacrifice sans limites. C’est dans ces moments là très difficiles, dans les quartiers les plus défavorisés, ceux que l’on cherche à ignorer, que l’amour est et le plus fort ! Il faut donc y voir un message social, ne pas ignorer ce qu’il se passe à côté de chez nous, ne pas fermer les yeux. Il faut donc du courage pour regarder cette vie là, comme il nous a aussi fallu du courage pour affronter cette réalité.

Une spectatrice a dit justement que le film valorisait les femmes, qu’elles étaient magnifiées  et qu’elles étaient capables de s’abandonner complètement pour les autres et de se mettre en danger. D’où le titre du film qu’elle a traduit : « C’est la chair de ma chair ». C’est le lien le plus fort qui puisse exister entre les hommes. Alors que les hommes font preuve de cruauté, de faiblesse et de lâcheté ! 

Plusieurs se sont interrogés sur la violence de la dernière scène. Elle a dit qu’elle avait une confiance totale en son réalisateur, qu’elle ne savait jamais où était la caméra et qu’elle avait refusé de regarder les rushs. A travers son jeu, elle cherchait à faire réfléchir les spectateurs : seraient-ils eux-mêmes capables d’aller jusqu’à une telle humiliation par amour ?

Nous avons rencontré Anabela sous la tente qui nous a accordé quelques confidences.

Elle nous a révélé qu’elle avait dû se préparer physiquement et moralement. Elle ne pensait qu’à ça : il fallait qu’elle se sente fébrile, porteuse de toutes les misères. Elle a vécu elle-même ce qui transparaît dans son personnage : « Je ne jouais plus les scènes, je les vivais ». 

Ainsi nous sortons bouleversées par cette rencontre qui a changé notre façon de voir les grandes villes. On ne s’imaginait pas Lisbonne ainsi. Nous souhaitons sincèrement longue carrière à Anabela qui est notre favorite, ce soir, pour le prix d’interprétation féminine.

Sarah Platre, Alizée Labatut, Pauline Cassou, Maylis Vignottes, Julie Paillol, Camille Alary, Audrey Hourcade, Anne-Hélène Bertana, Léa Laidet, Tess Zimmermann

L’envol vers la noirceur

Voir la bande-annonce

Nous avons assisté à la projection de «Nuit #1» film Québécois en compétition d’Anne Émond avec l’actrice Catherine de Léan qui a rencontré ensuite son public au café Méliès.

Ce film retrace le désespoir suicidaire de deux solitaires déracinés. Il se présente comme une succession de monologues en plans fixes dans un décor assez « glauque » qui retranscrit bien l’atmosphère de huis clos.

A la suite du film, l’actrice Catherine de Léan nous a parlé du tournage. Elle a attiré notre attention sur le contraste entre les belles paroles utilisées pour montrer le désarroi des personnages et les actions « crues » et déprimantes du film. Avec beaucoup de sincérité et de lucidité, elle nous a confié la difficulté de tourner « la longue scène de sexe triste » du début, bien différente de celles qu’on peut voir dans les films hollywoodiens qui sont souvent idéalisées.

Pour faire ce film, la réalisatrice s’est inspirée du film « La maman et la putain » de Jean Eustache (diffusé en suivant dans la salle !) et des films d’Ingmar Bergman. Elle a voulu montrer des personnages « au fond du fond » en s’inspirant certainement de ses expériences personnelles. C’est pourquoi ce film sonne aussi juste et que les mots sont si vrais. 

Une performance d'acteur exceptionnelle, un film touchant et très humain qui finit par une note d'espoir poétique, mais aussi un film qui risque de diviser, chacun d'entre nous ne se reconnaissant pas forcément dans ces personnages au bout du rouleau.

VIGNOTTES Maylis, ZIMMERMANN Tess, LABATUT Alizée et PLATRE Sarah.

Un film culte au Méliès !

Considéré comme le film déclencheur de la Nouvelle Vague, "Les 400 coups" réalisé par François Truffaut en 1959,  traite de l’éducation des mineurs. Jean-Pierre Léaud (présent samedi après-midi au Melies ^pour une rencontre avec le public !) y interprète le personnage d’Antoine Doinel, un adolescent rebelle de 12 ans qui en fait voir de toutes les couleurs à ses parents et à ses professeurs, voulant croquer la vie à pleine dents plutôt que la subir.

A cause d’une vie familiale déséquilibrée, Antoine Doinel acquiert une maturité, une débrouillardise, une curiosité et une culture (lire Balzac à 12 ans !) déconcertantes pour son jeune âge. Parallèlement, il ne connaît aucune limite et a une vision décalée sur la réalité. Ce garçon très attachant nous donne envie de le libérer de son mal être.

Apres de nombreux larcins, il est envoyé dans une maison de correction mais finira par s’enfuir. Nous le voyons courir jusqu’à la mer qu’il a toujours voulu voir, symbole de liberté contrastant avec la vétusté et l’étroitesse de l’appartement de ses parents. Son dernier regard en direction de la caméra est déroutant et laisse une marque chez le spectateur. Un film qui valait le coup pour nous d’être découvert ! Julien, bénévole à nos côtés, nous a même conseillé A Bout De Souffle de Jean-Luc Godard pour continuer sur notre lancée.

ALARY Camille, PAILLOL Julie, HOURCADE Audrey, LAIDET Léa, CAUSSOU Pauline, BERTANA Anne-Hélène

vendredi 9 décembre 2011

Les belles rencontres du vendredi…

Le film d’Eric Guirado, Le fils de l’épicier, est un film de société émouvant et sensible qui nous plonge au cœur de la Drôme. Ce n’est absolument pas un film touristique ! Le réalisateur n’a pas voulu vanter la France. Les paysages, même s’ils nous paraissent somptueux, restent pour lui banals. En effet, il s’agit d’insérer dans un cadre la routine qui s’enracine dans les petits villages du Sud. Et aussi de montrer le rôle social que peut jouer une petite épicerie ambulante qui sillonne les routes. Enfin, il y a des portraits humains qui renvoient à une étude de la famille.

Eric Guirdo a mis en scène un jeune Parisien redécouvrant son pays natal car son père vient d’être hospitalisé à la suite d’un malaise cardiaque : il décide d’aider sa mère pour tenir l’épicerie et il trouve aussi que c’est une opportunité de se rapprocher de Claire, sa voisine dont il est secrètement amoureux. Se dessinent alors deux portraits opposés : lui, apparaît comme un jeune homme mystérieux alors qu’elle, est plus rayonnante. Nous, les blogueuses du soir, avons trouvé que derrière son charme (rôle interprété par Nicolas Cazalé, originaire de notre région) se cachait un homme introverti, blessé, perdu et associable. Il semble redouter profondément le regard de son père et de son frère dont il s’est détaché il y a plus de dix ans. Au contraire, nous avons vu Claire comme une lumière dans sa vie, une échappatoire à sa solitude. Nos professeurs l’ont trouvée radieuse (rôle interprété par Clotilde Hesme) pleine de vitalité et l’auraient bien aidée pour son bac blanc !

Or, Antoine ne se rend pas compte que les autres aussi ont leurs soucis, il semble accaparer sur lui toute la misère du monde. Il y a peut-être en lui une forme d’égoïsme qui va peu à peu s’estomper : il se plait de plus en plus à apporter son aide à ses vieux clients, il finit par comprendre que les études sont importantes pour Claire et il sauve son frère du suicide. En brisant la glace avec son père qui lui accorde enfin son estime à la fin du film, Antoine s’ouvre à l’humanité. 

La journée dédiée aux lycéens nous a permis, comme ce matin, de rencontrer Eric Guirado que nous avons trouvé très à l’aise dans son rôle de professeur de cinéma ! Il a encouragé nos questions et il s’est montré très abordable, avec un certain humour ! Merci à lui ! 

Que nous a-t-il révélé ? 

D’abord, il est venu à l’image par la photographie dès l’âge de 10-11 ans. Il a beaucoup appris en faisant des erreurs (comme son personnage !) : les images qui se révélaient floues étaient pour lui les plus belles (pour Léa, qui rédige avec nous cet article, ce type de photos cache un mystère). Il se rappelle qu’il est venu à l’écriture en rédigeant un journal, et en créant des poèmes et des chansons. Par ailleurs, il s’est inscrit en fac de biologie mais c’était une erreur ! Il a découvert la forme du court métrage dans un festival et il a trouvé que c’était un objet de création extraordinaire ! Il est aussi très intéressé par le documentaire qui lui a permis de gagner sa vie en réalisant des reportages pour France télévision. Pour lui, le documentaire est un vertige, car on ne sait jamais ce que l’on va ramener alors, qu’au cinéma, on a un scénario. Notre camarade Marie, élève de 1ere 4S en a déduit (très intelligemment !) qu’Antoine était l’aboutissement de tous les portraits qu’avait faits le réalisateur auparavant. 

Il est aussi rentré dans l’analyse du film, et il nous a révélé ce que symbolise le camion : « c’est quelque chose qui appartient à mon enfance : j’ai vu beaucoup de marchands de ce type. J’ai aussi voulu confronter mon personnage à un univers qui était ouvert aux autres et qui était si différent de lui. Le camion c’est aussi une façon de traverser la vie de beaucoup de gens. C’est comme un appareil photo polaroïd qui s’ouvre et se referme ». On s’en était bien rendu compte : la pauvre Lucienne a pris sur la tronche le volet marchand et elle est revenue quelques jours plus tard avec un casque pour éviter les caprices du camion ! Nous aimerions rajouter (ne désespérez pas, nous avons bientôt fini !) que le camion est le reflet de l’atmosphère familiale : il ne démarrait pas au début du film, ils l’ont peint comme pour le maquiller et comme pour masquer les apparences. Puis, il apparaît à la fin comme un personnage à part entière dans son état le plus vrai et il est le témoin d’une scène de réconciliation et de bien être total. 

Ouf, il est temps de vous quitter, nous devons aller manger sous la tente. D’autres projections nous attendent ! Si vous aussi vous avez vu le film, nous attendons impatiemment vos réflexions et vos commentaires. Merci et bonne soirée !

Sarah Platre, Alizée Labatut, Pauline Cassou, Maylis Vignottes, Julie Paillol, Camille Alary, Audrey Hourcade, Anne-Hélène Bertana, Léa Laidet, Tess Zimmermann

Concert de l'ensemble Pouya

Né sur les rives du golfe persique, Abba Bakhtiari a été initié à la flûte ney et à la zorna (bombarde). Réfugié à Paris depuis 1983, il y est devenu directeur du Centre culturel Pouya et s'est formé à la pratique du daf, un grand tambour traditionnel iranien qui accompagne les chants sacrés. Imprégné des traditions persanes classiques et de culture soufie, l'ensemble Pouya propose un voyage au coeur de la musique savante d'Iran. Musiciens : Abba Bakhtiari, Navid Saeedi, Mohamed Merati, Arash Shomali, Arash Moradi. Photos La Pépinière.

Les lycéens dans le Sud-Ouest !

Une journaliste est venue interroger les lycéens :
Retrouvez l'article sur le sud-ouest du 8 décembre


Ci-dessous le Jury du Festival : Martin Provost, Éric Guirado, Vadim Sher, Noëlle Boisson, Odile Barski, Emily Loizeau et Colo Tavernier. photo luke laissac (photo La Pépinière)


Autour de la soirée Iranienne

D’abord, merci aux organisateurs du festival de nous inviter chaque soir aux festivités gastronomiques. Hier soir, Louise, Paul, Jonas et Mathieu se sont régalés avec des charcuteries pyrénéennes et n’ont pas lésiné sur le vin chaud ! Nous ne sommes absolument pas jalouses ! La dégustation d’un repas typiquement iranien nous a dépaysées : boulettes de viande épicées, feuilles de vigne, pain pakistanais et dessert à la pâte d’amande (Restaurant La Chambre d'Amour, à Anglet)… Et en sus… On a eu droit au petit vin blanc de jurançon, moelleux ou sec, proposé par les producteurs du pays (La Route des Vins du Jurançon). Trêve de plaisanteries, passons au film.

Le Miroir de J.Panahi


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        Quand on a su que le réalisateur Jafar Panahi était actuellement en prison depuis déjà un an et pour cinq ans encore, pour des raisons politiques, nous nous attendions à un film chargé d’Histoire et nous avons découvert une fillette hyper malicieuse, capricieuse, têtue, qui tenait tête aux adultes et qui avait plaisir à se perdre dans les rues de Téhéran. Et pan ! Tout à coup, on s’aperçoit qu’elle est la petite vedette d’un tournage et qu’elle en fait voir à tout le monde en refusant de continuer à jouer. Elle cherche durant tout son itinéraire sa maison, passant par ci, passant par là. Mais où est donc la place de l’assemblée, l’avenue de la victoire, la cabine téléphonique à côté de la poste, le marchand de jouets ?… Elle demande, elle demande encore, elle n’écoute jamais, et elle repart toujours toute seule…  Et là, on peut vous dire que notre amie la petite Anne, elle est morte de rire…

        Pourtant, le film n’est pas si innocent qu’il le paraît puisque le réalisateur filme les rues de Téhéran, il arrive à capter les discussions des passants, des passagers des taxis, des chauffeurs de bus, des policiers… Il peint cette ville un peu de manière dérobée comme s’il voulait fuir la censure. L’enfant est la solution pour parler de la femme qui s’émancipe et des jeunes femmes réalisatrices qui se battent contre le régime et qui appartiennent au cinéma indépendant iranien.

        Le musicien iranien Abbas Bakhtiari, qui est réfugié à Paris depuis 1983 nous explique : « 62% des étudiants à l’université sont des jeunes femmes. Elles se battent contre le régime, on les retrouve médecins, en tête des manifestations. Elles vivent comme des reines car elles arrivent vraiment à influencer leur mari mais elles en paient le prix car elles sont de plus en plus emprisonnées. » Nous, lycéennes, avons un regard plus critique quant à l’épanouissement de ces femmes, surtout quand on pense au port du voile, et à tous ces rites qui nous paraissent draconiens.

        Puis, après encore un petit coup de blanc que notre prof de maths, M.Lacrampe, a bien apprécié, nous avons fait la queue en mangeant des chocolats de Monsieur Sud-Ouest alias Monsieur Campagna ; et ce, pendant que les musiciens du groupe Pouya faisaient leur balance ! Pour nous, cette musique orientale a capté nos sens et nous a transportés vers un Ailleurs. Sincèrement, nous sommes tout de même désolés car il faut bien vous l’avouer… Nous sommes partis comme des Voleurs !... La rédaction des articles nous attendait… il est presque une heure du matin !

Article rédigé par Laura Barraqué, mélanie Locardel, Anne Ardaillou, Camille Boulay, avec le soutien de M. Lanave



Quand on tourne sur nos terres…

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Ce jeudi 8 décembre à 18h, Emmanuel Laborie a présenté son moyen métrage "Jean Luc Persécuté" entièrement réalisé dans la vallée d’Ossau. Laura, une des blogueuses du jour a été touchée par le fait de voir une terre qui lui est particulièrement chère car elle vit en bas de cette vallée, à Louvie-Juzon, lo Lobier de bach alors même que le film se déroule dans lo Lobier de haut. Elle a retrouvé la majesté des montagnes qui participe chaque matin à son réveil et toute la grandeur de la chaîne. Le film a réveillé en elle tous les souvenirs de son enfance.

Le réalisateur nous livre l’aventure troublante d’un homme tiraillé par la vie. Il s’agit de l’adaptation d’un roman suisse écrit par Charles Ferdinand Ramuz. Alors qu’il vient d’avoir un enfant, Jean-Luc découvre que sa femme le trompe. Après avoir tenté de lui pardonner, il se rend compte qu’elle se sert de lui et il la quitte violemment, emportant dans ses bras son fils. Ce héros à fleur de peau est très humain car, en plein hiver, il se réfugie chez des religieuses qui nourrissent l’enfant. Puis, il sombre dans l’alcool un peu pour oublier sa tristesse. Le film se transforme en tragédie quand l’enfant se noie. Il nous désarme, il nous émeut, il nous interroge sur les rapports humains qui deviennent parfois si complexes. Son désarroi et sa méfiance envers ses proches le mènent à sa perte et à celle des siens. 

Lors de la rencontre avec le public, il explique son désir personnel de produire un film sans paroles. Anne, autre rédactrice du jour, lui demande quelle était la place de la musique dans son film. Il lui répond qu’il s’agit d’un énorme travail du son. Son projet lui laissait beaucoup d’espaces libres et c’est pourquoi il a fallu donner de la matière sonore pour restituer le réel et toutes les émotions. Il avait d’abord pensé à apporter un décalage avec du blues, du rock ou du jazz mais son inspiration lui est venue d’une musique qu’il écoutait en composant son scénario : c’est une mélodie emphatique et lyrique que l’on retrouve à trois ou quatre moments dans le film. Elle accompagne les différentes étapes du récit et ce quels que soient les sentiments, même les plus violents. Il en va de même pour les saisons que la musique traverse voluptueusement. Il a aussi fait appel à Mao, un sonoriste toulousain, spécialiste dans les grincements de violons et de vielles. 

Il est aussi fier de rappeler comment il a réussi à trouver l’acteur qui correspondait le mieux au profil de son personnage. Il raconte avec saveur l’anecdote : un de ses collègues croise dans Paris un homme robuste, reflet du physique du personnage du roman. Très vite, il a senti que ce comédien là s’imposait physiquement et qu’il serait capable d’exprimer une sensibilité intérieure. 

Présenté dans la section pyrénéenne, ce film a su trouver un cadre spatial idéal pour mettre en scène cette dure histoire.

Article rédigé par Laura Barraqué, mélanie Locardel, Anne Ardaillou, Camille Boulay, avec le soutien de M. Lanave

La Colombie, drôle de pays ! Ou comment aborder un sujet grave de manière décalée !

Le film Todos tus muertos, présenté ce soir en compétition, est un long métrage colombien de Carlos Moreno diffusé pour la première fois en France. Deux des acteurs principaux, Jorge Herrera et John Alex Castillo, nous font l’honneur de leur présence en ce Jeudi 8 Décembre au Méliès.

Salvador, surnommé «Le loucheur », est un fermier vivant à l’écart du village avec sa femme et son jeune fils. Lors d’une journée ordinaire, en coupant l’herbe, il découvre un immense chemin qui aplatit son champ de maïs, chemin menant à un tas de cadavres empilés « en pyramides ». Suite à cette découverte, il prend peur, reste muet et décide de se rendre en ville afin de prévenir les autorités locales. Cependant, ce jour là en Colombie coïncide avec les élections municipales.

Il finira par amener sur les lieux du massacre le maire et le lieutenant accompagné par son officier. Ces derniers tenteront d’intimider Salvador et sa famille afin d’étouffer l’affaire pour éviter le scandale qui nuirait aux élections. Leur manœuvre est parfois gênée par la présence de la commission des droits de l’homme dans la région, qui crée une sorte de stress parmi les personnages impliqués dans cette affaire.

Les acteurs, lors du débat avec les spectateurs, nous apprennent que cette histoire, aussi surprenante qu’elle puisse paraître, est inspirée de faits réels. En Colombie, un tas de cadavres fut retrouvé à la frontière de deux municipalités, les maires se rejetant la responsabilité d’un tel carnage. En Colombie, la violence existe depuis plus de 60 ans. Ainsi, le film évoque « la banalisation de cette violence ».

Nous avons été frappés par cette histoire qui semble « surréaliste », car lorsqu’un tel drame se produit dans notre pays ou dans un autre pays européen (nous pensons aux meurtres de cet été en Norvège par exemple), il fait la une de tous les journaux télévisés. Mais en Colombie, le maire et le lieutenant ne recherchent pas le meurtrier, mais plutôt à se débarrasser des cadavres, à cacher cette information aux citoyens. 

Au final, le film est burlesque, décalé, une forme d’humour noir, car même si le thème est terrible, le réalisateur voulait divertir le public. Mais Jorge Herrera nous donne son sentiment en disant qu’il a à chaque fois les larmes aux yeux, preuve que le sujet le touche profondément par sa gravité. Parler de la violence en Colombie dans ce film, c’est aussi parler de la violence qui touche le monde entier, comme le souligne Jorge : « Parler de son village, c’est parler de l’universel ! »

A la sortie de la salle, nous sommes allés à la rencontre des spectateurs : « J’ai bien aimé, mais l’intrigue est plutôt simple et toujours au même endroit. Je n’ai pas été séduit plus que ça. Il y a peu de personnages et je trouve ça un peu lassant au final. Le côté fantastique, avec ces espèces de morts vivants lorsqu’ils ouvrent les yeux est un point positif du film. »

Une jeune spectatrice a été très surprise par le film et surtout par la fin, lorsque tous les acteurs du film, même les cadavres viennent saluer à l’écran comme au théâtre. Pour Julien, bénévole au Méliès, c’est un effet de distanciation (Larousse : Expression employée par Brecht pour désigner l'effet par lequel l'acteur se dissocie de son personnage, afin d'obtenir du public une attitude critique). 

Nous (les blogueurs du Lycée Jacques Monod) avons trouvé ce film très enrichissant, ne serait-ce que pour notre culture générale, mais aussi pour nous donner une idée de la vie, parfois très différente dans les pays étrangers.

Bonfils Benjamin, Déprés Maxime, Bourdalé-dufau Freddy, Fillon Loïc

Gesher : La face cachée de l’Iran.

Cette année, le pays mis à l’honneur au festival international du film de Pau est l’Iran ! Aujourd’hui nous avons assisté à la projection de Gesher, premier film de Vahid Vakilifar, en compétition.

Le film raconte le quotidien de 3 hommes en quête de prospérité. Ils squattent clandestinement les sites d’extraction de gaz et dorment dans des morceaux de pipelines avec le strict minimum, comme des SDF ! Des conditions de vie plutôt précaires et pas banales non ! Leur seule source d’énergie : la batterie d’une voiture. De plus, leur famille est très éloignée, à l’image de Ghobad qui envoie régulièrement de l’argent à sa femme et à sa fille en le cachant dans une peluche. Le geste et l’image sont forts car il envoie à la fois, par le biais de cette peluche, un cadeau à sa fille et de l’argent à sa femme !

Nezam, quant à lui, est chargé de déboucher les toilettes. Un travail humiliant et dégradant ! En plus, sa machine ne fonctionne pas donc il se retrouve littéralement dans la « merde », aux sens propres et figurés. Après son travail, Nezam réussit néanmoins à s’évader en se purifiant, en se lavant dans la mer, et ainsi à retrouver un instant de liberté.

Enfin Jahan, le plus jeune des 3, est celui qui a le plus d’ambition, il est le chauffeur des patrons. Il réussit à rêver en se prenant en photo dans des vêtements « classes » qu’il ne peut pas se payer. C’est lui qui réussira à trouver un moyen de s’élever dans la société avec ses amis. 

Ces trois hommes parviennent à passer des bons moments malgré tout et à trouver des moments de détente en fumant par exemple, ou alors par des soirées musicales autour du feu, ou par des paris. On remarque qu’il n’y a pas de chacun pour soi, tout le monde doit s’entraider et partager : c’est la solidarité ! 

Pour nous, jeunes lycéens habitués au cinéma populaire, il s’agit de notre première rencontre avec le cinéma d’auteur. Nos impressions sur le film sont diverses. Cette fiction sociale qui nous confronte à la réalité est bien loin du cinéma divertissant censé nous faire rêver. Pour la plupart nous avons trouvé que les scènes étaient souvent lentes et le peu de dialogues nous a beaucoup surpris. Le but recherché par l’auteur est aussi de nous plonger dans le quotidien cyclique et lassant de ces trois hommes qui vivent dans la misère. L’auteur nous montre des instants d’une vie comme s’il s’agissait d’un documentaire. D’ailleurs, le réalisateur voulait à l’origine livrer un documentaire sur la précarité de ces gens, nous a dit Vicentia lors de la présentation du film. Finalement, le sort de ces malheureux lui a inspiré cette fiction réaliste. 

Dans le fond, ce film est très intéressant et nous fait beaucoup réfléchir sur un monde que nous, lycéens « aisés », ne connaissons pas.

A la sortie du film, nous sommes allés à la rencontre des spectateurs pour leur demander leurs impressions : « C’est un film social, j’ai bien aimé, aussi parce que c’est rare de voir ce genre de films au cinéma ! » Les avis sont partagés : « Je n’ai pas été renversé, on voit bien que c’est un premier film. Mais malgré le manque de moyens, les couleurs sont très belles et le casting est sympathique. »

Une autre spectatrice a aimé le film, surtout lorsque Nezam retrouve une sérénité en se baignant dans la mer. Pour elle, ce film montre « une Iran que l’on ne connaît pas, où des hommes travaillent dans des conditions presque inhumaines, disons plutôt une Iran déshumanisée. Ca change de l’Iran exotique qu’on peut parfois s’imaginer. »

Les blogueurs du Lycée Jacques Monod, ont eu des impressions variées, mais centrées sur le manque de dialogue et les scènes « interminables » qui ont donné un charme à ce film. C’est une vraie leçon de vie, « ce film donne matière à réfléchir ».

Bonfils Benjamin, Déprés Maxime, Bourdalé-dufau Freddy, Fillon Loïc

jeudi 8 décembre 2011

Rencontre avec Alex Beaupain

« L’auteur d’un film c’est son réalisateur… » affirme avec modestie et gratitude Alex Beaupain venu rencontrer le public palois après la projection des Bien-Aimés.

Il rappelle sa rencontre avec Christophe Honoré à l’âge de 17 ans. C’est de leur amitié qu’est née leur collaboration. Très vite, le réalisateur a voulu refaire en France un film proche de la comédie musicale et ce projet a trouvé son aboutissement en 2007 avec « Les chansons d’amour » qui reprennent quatorze des ses compositions.

Il distingue la création instrumentale qui doit répondre aux besoins du scénario et qui doit coller aux envies de Christophe de l’écriture des chansons qui sont enregistrées avant le tournage et qui se veulent très complémentaires au scénario. Il se dit au service de son ami. Par exemple, il s’est employé à répondre à ses exigences lors du tournage de « Dans Paris » : il a dû lui proposer des partitions de jazz alors qu’il n’est pas spécialiste de ce genre de musique. A cette occasion, il avoue avoir été entouré par des musiciens avertis. Ainsi, il évolue musicalement. Il a par ailleurs rencontré pour la composition de la musique de « Non ma fille tu n’iras pas danser » un orchestrateur de talent, spécialiste des instruments à cordes alors que lui se dit être un mélodiste. 

Les deux complices collaborent jusqu’à ce qu’ils soient à peu près contents et ils repensent les scènes et les arrangements musicaux jusqu’à ce que le producteur leur dise qu’il n’y a plus d’argent.

Alex Beaupain avoue avoir été fortement impressionné par la personnalité de Catherine Deneuve : « d’abord quand on va chez Catherine Deneuve pour lui présenter des chansons ou pour la faire répéter, on fait pas du tout les malins ! On était tellement impressionnés qu’on riait aux éclats dans l’ascenseur. C’était quelque chose de dingue ! Après quand on l’a vue, on riait moins … C’est une actrice qui emmène sur le tournage sa filmographie. Elle est comme un mythe. Et puis elle a une véritable habitude de ce genre de films puisqu’elle a tourné avec Demy et Ozon. On se rappelle aussi de son duo avec Gainsbourg interprétant « Dieu est un fumeur de Havane ». Il faut aussi respecter sa personnalité vocale. Comme sa diction est très rapide, très claire, très distincte, il faut lui proposer des chansons avec un rythme approprié. Il en va de même pour sa fille Chiara qui a une voix assez grave, assez jolie et je souhaitais la faire chanter avec une tonalité assez basse. Quant à Ludivine Sagnier, qui est pétillante dans son jeu, il fallait une musique plus pop, plus rythmée. » A travers le chant, il cherche à retrouver ce qui fait la voix parlée des comédiens. On ne doit pas avoir l’impression que c’est quelqu’un d’autre qui chante.

Notre collègue Paul lui a demandé s’il envisageait d’autres formes de travail avec Christophe Honoré. Il a rappelé qu’il venait d’achever le tournage de son clip « Avant la haine » et qu’auparavant ils avaient eu ensemble une expérience théâtrale au festival d’Avignon lors de la mise en scène d’une œuvre de Victor Hugo, Angelo. Et il continue : « je ne suis pas en force de proposer. Je n’ai pas envie de l’emmerder. J’attends que les gens viennent vers moi. Je ne veux pas les déranger ».

Il termine l’échange en rappelant sa reconnaissance envers son ami car c’est grâce à leur travail en commun que sa carrière a été relancée. Il ne s’approprie pas l’œuvre, même si la dimension musicale y est primordiale. Et Alex Beaupain de conclure dans un bel élan de sincérité : « l’auteur d’un film, c’est son réalisateur. »

Cet article a été rédigé par Paul Arnal, Mathieu Chiri, avec l’aide de leur professeur de français Christophe Lanave.


mercredi 7 décembre 2011

Les sources de la vie

Bernard Blancan au Festival du film de Pau, c'est un classique. Et c'est toujours un plaisir. Mais ce qui change, c'est que jusqu'ici il était présent en tant qu'acteur mais cette année, c'est en tant que réalisateur d'un documentaire très personnel sur ses origines et sur sa famille  qu'il nous fait l'honneur de sa présence.

En effet, nous avons assisté à la projection en avant première nationale ce soir de Retour aux sources et comme l'a dit Bernard Blancan en présentant le film : " Je n'ai jamais vu le film avec des gens autour !"

Ce film relate, avec un subtil dosage entre émotion et humour, la découverte par Bernard Blancan de son père biologique, André, sourcier dans le Béarn. Le documentaire a été tourné "dans le coin" (plateau du Bénou, aux alentours d'Oloron,...) où  Bernard Blancan se livre à de multiples expériences en tant qu'apprenti-magnétiseur et sourcier! On le voit ainsi contrôler la perte de poids de divers citrons, essayer de faire changer de couleurs des clémentines, rechercher les sources d'eau à l'aide de baguettes... Des expériences qui n'ont pas entièrement convaincu sa mère ni ses proches. D'ailleurs lui-même a  laissé transparaître quelques doutes au cours du film !

Mais le véritable motif de ce premier long-métrage réussi n'est pas de réaliser "un guide pour devenir sourcier". Comme l'a expliqué avec beaucoup d'humour et de sincérité monsieur Blancan après la projection aux nombreux spectateurs présents, il a voulu surtout réaliser un film "sensible et fragile" sur les sources de sa vie. Ce n'est pas anodin de nouer le contact avec son père biologique après tant d'années de doutes et de silence ! Révéler "la vérité des choses, des êtres, de la matière, c'est compliqué. Rien n'est carré ! Et ça laisse des traces dans toutes les familles"" Le déclic qui l'a poussé à entreprendre des démarches pour retrouver son père biologique  est survenu  lorsque son "vrai père"  (celui qui l'a reconnu et élevé) est tombé gravement malade et ,ironie de la vie, n'a plus été capable de le reconnaître. C'est alors qu'il a ressenti le besoin impérieux de retrouver son géniteur.

Mais rassurez-vous ! Malgré ce sujet grave, M. Blancan ne se prend toujours pas au sérieux ! Le début du film (entre autre) en témoigne : avec des figurines amusantes, il raconte brièvement l'histoire de sa vie de façon jamais larmoyante.   

Bernard Blancan, avec sa gentillesse, sa disponibilité et son humour  nous a fait l'honneur de sa visite dans nos locaux. Nous ne sommes pas prêtes de l'oublier! Nous vous conseillons vivement de voir son film qui nous fera tous réfléchir sur l'importance de nos origines.

                                                                                                                    Marine Castet, Morgane Martinho et Malika Njofang Medu



Sport ou Punk ?

Voir l'interview de Dragomir Sholev sur Cineuropa

Le film de Dragomir Sholev commence tel un drame. Le fils d’une famille bulgare a disparu ! Le père, rentrant d’une compétition de water-polo, apprend par sa femme que Radostin, 12 ans, n’est pas réapparu depuis trois jours. L'inquiétude monte, appuyée par une mise en scène étouffante (remarquable réalisation tout au long du film !). C'est en revenant du commissariat que les parents finissent par retrouver avec étonnement leur fils en compagnie d’une jeune fille. Une punk semble-t-il ! Un souci en amenant un autre … Fin du premier acte.

En effet, le récit est construit comme une pièce de théâtre en trois actes, avec peu de lieux, tel un huis clos : les 3 pièces de l'appartement, le commissariat, un bus pour ouvrir et fermer le film.

Le film illustre un conflit familial, montrant le fossé qui sépare les générations, et l'incompréhension des parents face à leur enfant. Par exemple, Radostin maîtrise parfaitement  Skype, ce qui pourrait être un moyen pour ses parents de communiquer avec lui et leur autre fils qui vit aux Etats-Unis. Il n'en est rien. Les parents de Radostin ne s'intéressent pas à leur fils, persuadés de l'élever comme il le faut. En fait, ils sont complètement "largués" !

Radostin est un enfant sans repères qui cherche un modèle à qui s’identifier. Or, il ne se reconnaît  ni en son père, plutôt strict et renfermé en ce qui concerne ses sentiments, ni en sa mère, quelque peu naïve et couveuse. Et puis son père est un sportif quand lui veut jouer de la guitare électrique !

Ainsi, ses parents ne le voient pas grandir. L’arrivée des amis de Radostin, l’anarchiste Tenx et la jeune fille punk, tous deux âgés de 17 et 18 ans, va entraîner des situations conflictuelles et tendues mais parfois aussi cocasses et drôles.

Les parents  sont démunis face à la rébellion de leur fils qui dans son innocence cherche à se faire remarquer, mais aussi à s'intégrer auprès de ses nouveaux amis. Le père de Rado veut comprendre les raisons de son changement de comportement et cherche à le remettre sur le droit chemin, tandis que sa mère, plus tolérante, cherche à tout prix à faire abstraction des soucis, et à pardonner pour se concentrer sur le futur. Mais n’est-ce pas une forme d’irresponsabilité ? Les parents ne sont pas sur la même longueur d'onde, et les nouvelles fréquentations de leur fils sont une petite révolution au sein de la famille (alcool, drogue et mode de vie asociable font débat).

C’est un film psychologique qui fait réfléchir aux problèmes d’éducation et à l’évolution de la société. Pourquoi les parents ont-ils tant de mal à communiquer avec leurs enfants et pourquoi ont-ils aujourd’hui autant de mal à se comprendre ? Le film ne se termine pas nécessairement sur une note positive, mais reste plutôt en suspend, comme si les parents n'allaient pas forcément changer pour essayer de comprendre et de prendre en charge l'éducation de leur enfant qui n'hésitera plus à se montrer dur envers eux.

Bande annonce :

Sangue do meu sangue : Le premier coup de poing du festival !

Le festival du film de Pau, c'est l'occasion pour nous, les trois étudiantes de première 2L, de voir des films comme nous en voyons rarement et avec Sangue do meu sangue de Joao Canijo, nous avons été servis ! En effet, quel choc !

Dans ce film, véritable tragédie familiale, nous entrons dans la vie dramatique d'une famille portugaise dans un quartier pauvre de Lisbonne. Au coeur de cet univers déprimant règnent les figures tutélaires de la mère Marcia et de la tante Ivete, prêtes à tout pour se sacrifier pour les enfants de la famille : Joao Carlos, délinquant minable à peine sorti de prison et Claudia victime d'un amour interdit. L'Oedipe antique n'est pas très loin !

Nous vous prévenons tout de suite ! Quand on vous dit que la tante Ivete est prête à tout, nous ne vous mentons pas. On est tombés sur le cul en découvrant l'avant dernière scène du film où elle sauve son neveu ! Humiliation totale ...

On a été scotché aussi par l'interprétation de Rita BLANCO qui joue le rôle de la mère Marcia. C'est elle qui veille sur tout : lumière, gaz, nourriture, histoires amoureuses de sa fille avec le médecin marié Beto... Au détriment de sa vie et de ses amours personnels. La scène où elle "marche dans la merde" symbolise et résume à elle seule le rôle qu'elle joue au sein de toute la famille. Mais ne vous inquiétez pas, elle nettoie ses chaussures, se relève, reste digne et veillera sur les siens jusqu'au bout !

La manière dont les personnages sont filmés, toujours dans des cadres serrés, comme prisonniers, jamais seuls, jamais dans l'intimité traduit bien l'enfermement qui caractérise l'univers sombre de cette tragédie.
Le film sera projeté à nouveau vendredi 9 à 20h15, suivi d'une rencontre. Qu'on l'aime ou non, on ne sort pas indemne de ce film...

Malika Njofang-Medu, Morgane Martinho et Marine Castet

ci-dessous, extraits du film :

A nos amours … prélude à une rencontre avec Alex Beaupain.

Mercredi 7 décembre, 14h42, il est temps de préparer notre article d’avant projection et notre rencontre avec Alex Beaupain. Le film de Christophe Honoré Les Bien-Aimés est repris au Méliès cette après- midi. L’amitié entre ces deux artistes est authentique puisque que le musicien a composé les BO et les chansons de film du scénariste. Tous les deux sont proches de la quarantaine et sont portés par un thème obsessionnel : l’amour.

Les Bien-Aimés est le 8ème film du réalisateur en 10 ans. C’est un grand film romanesque et tragique qui a reçu une très bonne critique. A travers plusieurs villes comme Paris, Prague, Montréal ou Londres, il essaye d’étudier les relations entre une mère et sa fille, qui sont le reflet de deux générations différentes. Il souhaite montrer que l’amour, forme de passion éternelle, traverse le temps et accompagne l’évolution des Hommes. Il balaye plusieurs décennies : des années 60 à aujourd’hui. Il étudie les illusions de l’amour, ses vérités et nous donne toute la palette des sentiments : de la naissance de l’idylle à l’exaltation ; des rires aux pleurs ; de la tendresse à la souffrance. Le film prend la forme d’une maladie d’amour. Il a aussi la particularité de réunir deux actrices exceptionnelles : Catherine Deneuve et sa fille Chiara Mastroianni avec qui il a l’habitude de travailler. (« Ma fille tu n’iras pas danser », « Les chansons d’amour »). On y retrouve aussi un de ses acteurs fétiches : Louis Garrel.

Les paroles et la musique originale du film proposées par Alex Beaupain appartiennent au chant du chœur de la tragédie antique. Elles sont chargées de commenter l’action mais aussi d’approfondir les portraits psychologiques. Ce sont des moments chargés d’émotion qui permettent aux spectateurs de s’imprégner de la tension dramatique du sujet abordé. Il aime beaucoup travailler avec les comédiens qu’il emploie dans des registres qui ne leur sont pas toujours propres : il préfère que se dégage d’eux une véritable émotion plus qu’une technique vocale totalement maîtrisée. D’ailleurs ce sont les comédiens eux-mêmes qui s’emploient à cette forme de cinéma hérité du parolier Jacques Demy.

Leur dernier travail en commun a été la réalisation d’un des clips de l’album « Pourquoi battait mon cœur ». Christophe Honoré a filmé un duo entre Alex et la jeune et talentueuse Camélia Jordanna. La chanson est intitulée ‘Avant la haine’ (voir clip vidéo).

C’est une reprise d’une chanson du film « Dans Paris » alors interprétée par Romain Duris (voir vidéo). Dans ses dernières interviews, Alex souhaite souligner son changement de registres dans l’album. Il a voulu faire un parallèle entre les chansons d’amour et l’expérience politique car, selon lui, l’espoir et les grandes ambitions de chacun laissent place à une cohabitation inévitable. Quand il faut parler de sexe et de cynisme, il se réfère à Gainsbourg et à Biolay. Lui cherche à parler de sexe simplement et il pense que le meilleur support est la chanson car c’est une forme courte et qu’une bonne idée suffit à susciter l’émotion et l’expression des sentiments les plus profonds. Il avoue aussi avoir un attrait pour Paris car, lui qui vient de la province, se dit inspiré par la capitale qui entraîne en lui un excès de lyrisme.

Amis festivaliers, nous vous rappelons qu’Alex Beaupain sera en concert au théâtre St Louis jeudi 8 décembre à 21h : la place de cinéma + le concert = 15€, 13.80€ pour les moins de 26 ans. La vente de billets se fait au Méliès. Vraiment, une bonne soirée s’annonce !   

Article extrait du blog et rédigé par Paul Arnal, Jonas Ayné-Larqué, Louise Ribère et Mathieu Chiri avec le soutien du leur professeur de français Christophe Lanave.



N’hésitez pas à nous répondre sur le blog du festival et réservez vos places pour le concert ! ;)

Marta, une héroïne lunaire


Comment une jeune adolescente peut-elle parvenir à trouver sa place dans une société de faux-semblants ?

Voir la bande annonce

Interview d'Alice Rohrwacher (la Quinzaine des réalisateurs)

Le discours est terminé, la lumière s'éteint et le film commence. La salle bien remplie s'impatiente alors de découvrir le premier film d'Alice Rohrwacher, Corpo celeste, projeté en avant-première nationale, déjà apprécié par un certain nombre de spectateurs et ayant acquis une renommée au fil des festivals (récompense au festival de Taormina, présentation à la quinzaine des réalisateurs à Cannes). Ce long-métrage évoque avec justesse et sensibilité la vie d'une jeune adolescente, Marta, revenue de Suisse avec sa jeune mère et sa sœur aînée pour s’installer au sud de l'Italie, à Reggio di Calabria, chef lieu de la Calabre. Ce film nous montre ses hésitations et sa difficulté à avancer dans sa nouvelle vie et à s’intégrer dans sa famille, très catholique. Elle grandit alors que personne ne s’en rend compte autour d’elle. Et ce n’est pas la religion qui va pouvoir l’aider !

L’Italie montrée dans le film est loin d’être celle que l’on imagine. Aucun exotisme : point de soleil, de tomates, d’oliviers… Même la mer qui sépare la Calabre de la Sicile n’est jamais montrée. Au contraire, la triste réalité n’est jamais maquillée, les paysages ne sont jamais embellis. On ne retrouve pas la lumière traditionnelle et flamboyante du Sud. Marta habite dans une ville décrépite, pas finie. Puis elle nous entraîne au cœur des montagnes dans un village abandonné, dépeuplé où seul vit un vieux prêtre réaliste, désabusé et qui a su ouvrir les yeux de l’enfant. « Eli,eli, lama sabachthani »

C’est alors l’occasion pour la réalisatrice de montrer les rapports instaurés entre les familles italiennes et la religion dont elle fait une satire féroce. Les leçons de catéchisme sont grotesques car elles sont données sous la forme de jeux télévisés et de chansons ridicules et mièvres qui montrent Jésus comme une idole des fréquences de radio. La figure du prêtre de la paroisse citadine est prétexte à montrer les dérives du catholicisme : il prend l’argent des loyers, il fait de la propagande politique, il espère devenir évêque et montre sans cesse son ambition. Il est pathétique car il n’a pas réussi sa vie et il « vole » même le crucifix dans le village abandonné… C’est un être d’apparence, superficiel, qui doute de lui-même et qui a oublié les valeurs de la foi. La vérité semble sortir de la bouche de l’enfant qui commence à comprendre ce qu’est le fanatisme et qui l’annonce ouvertement au prêtre, ce qui est à deux doigts de provoquer un accident de voiture près de la falaise et qui occasionne la chute de la croix dans l’océan !

Ainsi, le parcours de Marta est initiatique et très symbolique surtout à la fin du film. Elle fugue à nouveau et recherche un nouveau souffle : on peut avoir été blessé et continuer à vivre. C’est cela un vrai miracle.

La lumière se rallume. Sous nos yeux éblouis, Alice Rohrwacher réalisatrice de ce long métrage, répond avec sincérité à toutes les questions du public.

Elle tient tout d’abord à nous expliquer dans un français presque parfait le titre du film : celui-ci provient d’un essai sur l’éducation écrit par un auteur italien Ortese. Corpo Celeste désigne en italien les planètes. Pour Alice Rohrwacher, ce titre symbolise l’état de son héroïne adolescente Marta qui semble arriver d’une autre planète sans comprendre les gens nouveaux qui gravitent autour d’elle.

Le film est non seulement une satire féroce de la religion mais aussi de l’Italie que 20 ans de mauvaise télévision et de mauvaise politique ont détruite.  Certaines scènes ont fortement choqué de l’autre côté des Alpes où la religion est un sujet très sensible, notamment la scène où le crucifix tombe dans la mer et dérive (à l’image du prêtre qui perd toutes ses illusions d’élévation sociale et de la cérémonie de confirmation qui se transforme en fiasco). Autre scène choc : quand Marta dit que Jésus était peut-être fou. Les rapports de force entre les personnages s’inversent. Marta jusqu’alors claustrée, étouffée, se libère des liens de la religion alors que le prêtre s’enracine définitivement dans la médiocrité de son quotidien.

Parlons aussi du choix de la jeune actrice, formidable, Yile Vianelo ! La réalisatrice a aimé sa démarche maladroite, son corps à peine formé, son ouverture d’esprit et le fait qu’elle ne savait pas ce qu’elle voulait faire dans sa vie.

Souhaitons une longue carrière à Alice et à son film original, polémique, que vous pourrez revoir et découvrir au Méliès à partir du mercredi 28 décembre.

Il est une heure et demie du matin ! Il est le temps d’aller se coucher ! La soirée a été riche et bien remplie. On connaît une mémé qui va être bien contente ! Bonne lecture à tous et n’hésitez pas à commenter notre blog. 

Vive le cinéma au Méliès !!!!  Une deuxième édition qui a bien commencé ! CIAO !!!!

Morgane Signoret, Amélie Poulou, Diane Chasseloup, Marion Chapotin

ENTREZ, C’EST OUVERT !

Il est 20h. Dans le hall, un brouhaha incessant. Occupant la petite pièce de la billetterie, une multitude d’habitués, sourire aux lèvres, attend impatiemment le premier film du deuxième festival du film de Pau : Corpo celeste. Nous aussi ! Nous c'est-à-dire les quatre lycéennes du lycée Jacques Monod, triées sur le volet par nos prodigieux professeurs de français : M.Campagna et M.Lanave !

Nous approchons timidement d’un petit groupe pas tout tout jeune … mais presque ! Au fur et à mesure de notre conversation certes courte mais productive, nous apprenons qu’il représente une espèce rare de fanatiques endurcis, recherchant non pas Hollywood et ses extravagances mais un cinéma d’auteur inconnu des grandes salles ! Cela tombe bien, c’est tout ce qu’ils vont trouver au Méliès !



Une fois confortablement installés dans nos fauteuils, Philippe Ducat président de l’association «Ciné, ma passion», se présente sur l’avant scène, et proclame : « Je déclare ouverte la deuxième édition du festival international du film de Pau ! » Avant de se lancer dans des remerciements certes indispensables (mais il faut bien en convenir) un peu interminables : associations, entreprises, conseils généraux, bénévoles, tout le monde y passe même le public palois, extraordinaire comme toujours ! Toutefois c’est l’occasion pour nous d’apprendre que le Conseil général des Pyrénées Atlantiques soutient le film de Bernard Blancan, Retour Aux Sources, projeté demain (non, aujourd’hui vu qu’il est déjà minuit passé !) à 20h15, ainsi qu’une dizaine d’autres films. Nouveauté cette année : le prix du public, décerné par les spectateurs qui vont pouvoir voter à la fin de chacune des projections des films en compétition. Donc nous nous préparons à voir Corpo celeste de la jeune réalisatrice italienne Alice Rohrwacher. Les choix de ce film et de cette cinéaste ne sont pas fortuits. En effet, l’an dernier, le festival avait rendu hommage à un très grand réalisateur italien Marco Bellocchio. Peut-être que le festival va contribuer à faire connaître cette «Nouvelle Vague» de cinéastes italiens.


Morgane Signoret, Amélie Poulou, Diane Chasseloup, Marion Chapotin

mardi 6 décembre 2011

Le Festival 2011

dimanche 28 novembre 2010

All That We Loved

Voilà c'est fini. Sortons les mouchoirs. La routine reprend sa place. Et alors que Claudia Cardinale et tout les V.I.Ps dansent sur le dancefloor de l'Eglise, nous écrivons nos dernières lignes.

Merci à Julien H. bénévole venu tout spécialement de Toulouse par passion pour le cinéma afin de nous la faire partager, les professeurs de Français messieurs Lanave et Campagna qui ont sacrifié, avec plaisir, quelques unes de leurs heures de sommeil pour nous, et bien sur un grand merci à Emmanuel Leclercq, Sarah Beaufol (sans qui rien n'aurait été possible), l'autre Julien, Gwendoline du Café Mélies, toujours disponible, le personnel et tous les bénévoles du Mélies (Xavier, Vicentia...) pour leur acceuil !

Maintenant que nous avons fini, nous allons éteindre l'ordinateur : il n'y a plus rien à lire. Nous allons nous coucher la tête pleine d'images, de souvenirs et le ventre plein. Le Lycée Jacques Monod vous dit au revoir, longue vie au festival de Pau et peut-être à l'année prochaine !

Alexandre Castagnet, Mélanie Péré, Jean Coudray, Clothilde Royer, Clémence Grosbois et Liane Morin.
M. Campagna, M.Lanave et Julien H.

Le clap de fin !


En préambule à la cérémonie de clôture, Emmanuel Leclercq, le directeur du Mélies, a rappelé l'esprit du premier festival du film de Pau : "réconcilier la fête avec la réflexion". Il a rappelé aussi que ce festival n'a pas été une "plate forme  commerciale d'avants-premières mais un festival de films inédits". Puis nous avons assisté au clou du spectacle : la remise des prix !

Pour le prix du jury étudiant, the winner is... In a Better World, un film danois de Susanne Bier. Ca tombe bien, nous l'aurions récompensé aussi !


Prix de l'interprétation féminine :
Hana Selimovic (ci-dessus) pour le rôle de Rosa dans White White World le film serbe de Oleg Novkovic.
Claire Simon a, par ailleurs, donné une mention spéciale au personnage de Basia dans All That I Love interprété par Olga Frycz.

Prix de l'interprétation masculine : l'acteur de théâtre Andrzej Chyra pour son rôle de père militaire dans All That I Love.

Puis, le pyrénée du meilleur film : In a Better World, "pour la direction et le choix des acteurs, pour la modernité du sujet, pour la condamnation de la cruauté et du sadisme de la "bien pensance"" a précisé Claire Simon.

Hommage à Claudi Cardinale

Pyrénée d'honneur à Marco Bellocchio

Enfin Claudia Cardinale, avec son énergie et son naturel qui ont irradié la salle, a remis sous un tonnerre d'applaudissements le Pyrénée d'honneur à Marco Bellocchio. Pour la remercier de sa venue, dans une salle comble et debout, le Mélies avait préparé pour elle un florilège de scènes des films dans lesquels elle a joué. Si c'est pas la classe ça !

Avec la sincérité et la générosité qui le caractérise, Marco Bellocchio a remercié chaleureusement le public de Pau et a souhaité "Tanti auguri al festival" (Bonne chance au festival).


Puis nous avons assisté à la projection du film Somewhere de Sofia Coppola, en avant-première s'il vous plaît ! Lyon d'Or à Venise, le film clôt le festival en beauté : c'est l'histoire d'une star de cinéma dont le vide de l'existence sera remis en cause par la présence de sa fille de onze ans à ses côtés. Le scénario serait-il inspiré de la relation de Sofia avec son père, le grand Francis Ford Coppola ? La dernière image du film et son générique nous laisse présager le meilleur, la musique optimiste de Phoenix affirmant l'espoir d'une aventure où la volonté du père reprendra sa place, où l'Amour sera le moteur principal de son émancipation, le véritable sens à sa vie auparavant dérisoire. voir bande-annonce

Comme les VIPs c'étaient aussi nous, nous avons été conviés après cela, au repas 4 étoiles servi sous la tente, bref les conditions étaient réunies pour terminer ce blog en beauté, la panse pleine !

Alexandre Castagnet, Mélanie Péré, Jean Coudray, Clothilde Royer, Clémence Grosbois et Liane Morin.

Un Festival à l'Italienne !


Aujourd'hui, nous avons eu la chance d'assister une fois de plus, à une discussion entre les invités d'honneur de cette journée de clôture. Marco Bellocchio, son compositeur Carlo Crivelli et son actrice Maya Sansa ont été rejoints par la star " la plus aimée de tous " surtout de notre prof de français préféré Mr.Campagna, Claudia Cardinale ! Nous avons eu plaisir à regarder des extraits de leurs films qu'ils ont parfois commentés et dont ils nous ont livré plusieurs anecdoctes.

Emmanuel Leclercq, Maya Sansa, Claudia Cardinale, Marco Bellocchio, Carlo Crivelli

Marco Bellocchio, son compositeur Carlo Crivelli, et M.Campagna, traducteur

Maya Sansa, Marco Bellocchio, Carlo Crivelli

    La rencontre a commencé par nous révéler une facette inhabituelle, insolite, et jusque là inconnue de nous tous, du travail de Marco Bellocchio  : sa mise en scène de l'opéra Rigoletto de Verdi diffusée dernièrement à la télévision française. Il a filmé en direct du Palais de Mantoue trois épisodes qui respectaient le temps véritable de la représentation. Pour lui, c'était un défi : filmer un spectacle en direct, et ça c'était une limite pour lui. Ce sont les techniciens qui devaient gérer les différents imprévus et faire le montage au même instant !

La conversation a porté ensuite sur un des films que nous avons vus hier "Buongiorno, Notte" notamment sur le choix de Maya Sansa au casting. Elle a révélé qu'elle avait lu le livre "Le prisonnier", afin de se préparer elle-même à la psychologie de son futur personnage. Elle ne s'est donnée aucune interdiction, mais le réalisateur lui a demandé de s'éloigner de la vraie terroriste, car il ne voulait aucun mimétisme. Lors du tournage, ils se sont compris très vite, comme s'ils communiquaient "par télépathie". Il s'agissait d'un vrai partage. Son rôle de comédienne consistait à traduire en émotion, en "langage physique et verbal", le doute du personnage. Marco Bellocchio a répondu que s'il avait choisi Maya Sansa, c'était pour "sa détermination, son côté plus adulte et pour la dureté de son visage, ses traits, ses yeux," qui révèlent son caractère. Il a aussi rappelé que le rôle du cinéaste était de "dépasser la réalité, de la forcer," c'est pourquoi il a donné à cette femme une personnalité différente de celle de la vraie terroriste !

    Ensuite il a commenté "Le saut dans le vide", il a fait l'éloge de deux comédiens français remarquables Anouck Aimée et Michel Piccoli qui ont obtenu en 1979 les deux prix d'interprétations au festival de Cannes ! C'était du jamais vu !

Emmanuel Leclercq, Maya Sansa, Claudia Cardinale

Claudia Cardinale, Marco Bellocchio, Carlo Crivelli

    Puis ce fut le tour de la diva, que Fellini lui-même considérait comme sa muse : Claudia Cardinale !! Naturelle, joyeuse, spontanée et communicative, elle a évoqué pour nous le tournage simultané en 1963 avec deux des plus grands cinéastes au monde : Fellini pour Huit et demi et Visconti pour Le Guépard. Avec Visconti, elle a travaillé de façon théâtrale car tout était préparé autour d'une table alors qu'avec Fellini, tout était totalement improvisé. Il lui est d'ailleurs arrivé un truc de fou; alors qu'elle ne savait pas conduire, Fellini lui a mis entre les mains une Porshe. Elle a fait d'abord une marche arrière "à fond la caisse", avant de frôler le réalisateur dans un virage ! Mais pour Visconti, cette première prise était la bonne : "E buona la prima !". A l'époque, les deux réalisateurs se détestaient parce qu'ils devaient se partager Claudia. " Cela a été terrible ! Après ils se sont réconciliés. " C'était pour elle l'époque bénie du cinéma Italien, à son apogée. Elle s'est aussi souvenue d'un moment plus terrible dans sa carrière, lorsque Valerio Zurlini, avec qui elle a tourné " La fille à la valise ", l'a invitée chez lui, un soir. Deux jours après, elle apprenait son suicide dans les journaux. Il voulait lui dire au revoir avant de partir.

Maya Sansa, Claudia Cardinale

Carlo Crivelli

    Quant à Carlo Crivelli ( Traduit en direct par Mr.Campagna ! ), le compositeur complice de M.Bellochio sur dix de ses films, il nous a expliqué pourquoi son travail était si fascinant. "La musique a la possibilité de donner à l'image plusieurs sens, c'est comme une interprétation, car une scène sans musique peut être vue de différentes façons." Par exemple avec une certaine musique, on peut croire qu'un homme qui marche va rejoindre sa fiancée, alors qu'avec une autre musique, on peut faire croire qu'il va s'apprêter à commettre un crime. Il a ajouté qu'il arrivait à trouver sa propre liberté à l'intérieur même d'un projet. Composer pour soi-même et composer la musique d'un film sont deux entreprises artistiques différentes : quand on compose notre propre musique, nous y mettons toute notre intériorité. Mais quand nous composons pour le film d'un autre, il faut s'intégrer au projet du réalisateur, du metteur en scène, du chef opérateur, etc. sans pour autant renier sa sensibilité personnelle d'artiste car : " Le geste musical, c'est comme un geste d'amour. "

Enfin bref, une journée en apothéose qui nous a permis de rencontrer des invités simples, chaleureux et disponibles ! Et il n'y avait que le festival de Pau pour nous les faire découvrir !

Les lycéens de Jacques Monod et Claudia Cardinale

Alexandre Castagnet, Mélanie Péré, Jean Coudray, Clothilde Royer, Clémence Grosbois et Liane Morin.

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