
Aujourd'hui, nous avons eu la chance d'assister une fois de plus, à une
discussion entre les invités d'honneur de cette journée de clôture. Marco
Bellocchio, son compositeur Carlo Crivelli et son actrice Maya Sansa ont été
rejoints par la star " la plus aimée de tous " surtout de notre prof de
français préféré Mr.Campagna, Claudia Cardinale ! Nous avons eu plaisir à
regarder des extraits de leurs films qu'ils ont parfois commentés et dont ils
nous ont livré plusieurs anecdoctes.
Emmanuel Leclercq, Maya Sansa, Claudia
Cardinale, Marco Bellocchio, Carlo Crivelli
Marco Bellocchio, son compositeur
Carlo Crivelli, et M.Campagna, traducteur
Maya Sansa, Marco Bellocchio, Carlo
Crivelli
La rencontre a commencé par nous révéler une facette
inhabituelle, insolite, et jusque là inconnue de nous tous, du travail de Marco
Bellocchio : sa mise en scène de l'opéra Rigoletto de Verdi diffusée
dernièrement à la télévision française. Il a filmé en direct du Palais de
Mantoue trois épisodes qui respectaient le temps véritable de la
représentation. Pour lui, c'était un défi : filmer un spectacle en direct, et
ça c'était une limite pour lui. Ce sont les techniciens qui devaient gérer les
différents imprévus et faire le montage au même instant !
La conversation a porté ensuite sur un des films que nous avons vus hier
"Buongiorno, Notte" notamment sur le choix de Maya Sansa au casting. Elle a
révélé qu'elle avait lu le livre "Le prisonnier", afin de se préparer elle-même
à la psychologie de son futur personnage. Elle ne s'est donnée aucune
interdiction, mais le réalisateur lui a demandé de s'éloigner de la vraie
terroriste, car il ne voulait aucun mimétisme. Lors du tournage, ils se sont
compris très vite, comme s'ils communiquaient "par télépathie". Il s'agissait
d'un vrai partage. Son rôle de comédienne consistait à traduire en émotion, en
"langage physique et verbal", le doute du personnage. Marco Bellocchio a
répondu que s'il avait choisi Maya Sansa, c'était pour "sa détermination, son
côté plus adulte et pour la dureté de son visage, ses traits, ses yeux," qui
révèlent son caractère. Il a aussi rappelé que le rôle du cinéaste était de
"dépasser la réalité, de la forcer," c'est pourquoi il a donné à cette femme
une personnalité différente de celle de la vraie terroriste !
Ensuite il a commenté "Le saut dans le vide", il a fait
l'éloge de deux comédiens français remarquables Anouck Aimée et Michel Piccoli
qui ont obtenu en 1979 les deux prix d'interprétations au festival de Cannes !
C'était du jamais vu !
Emmanuel Leclercq, Maya Sansa,
Claudia Cardinale
Claudia Cardinale, Marco Bellocchio,
Carlo Crivelli
Puis ce fut le tour de la diva, que Fellini lui-même
considérait comme sa muse : Claudia Cardinale !! Naturelle, joyeuse, spontanée
et communicative, elle a évoqué pour nous le tournage simultané en 1963 avec
deux des plus grands cinéastes au monde : Fellini pour Huit et demi et Visconti
pour Le Guépard. Avec Visconti, elle a travaillé de façon théâtrale car tout
était préparé autour d'une table alors qu'avec Fellini, tout était totalement
improvisé. Il lui est d'ailleurs arrivé un truc de fou; alors qu'elle ne savait
pas conduire, Fellini lui a mis entre les mains une Porshe. Elle a fait d'abord
une marche arrière "à fond la caisse", avant de frôler le réalisateur dans un
virage ! Mais pour Visconti, cette première prise était la bonne : "E buona la
prima !". A l'époque, les deux réalisateurs se détestaient parce qu'ils
devaient se partager Claudia. " Cela a été terrible ! Après ils se sont
réconciliés. " C'était pour elle l'époque bénie du cinéma Italien, à son
apogée. Elle s'est aussi souvenue d'un moment plus terrible dans sa carrière,
lorsque Valerio Zurlini, avec qui elle a tourné " La fille à la valise ", l'a
invitée chez lui, un soir. Deux jours après, elle apprenait son suicide dans
les journaux. Il voulait lui dire au revoir avant de partir.
Maya Sansa, Claudia Cardinale
Carlo Crivelli
Quant à Carlo Crivelli ( Traduit en direct par Mr.Campagna !
), le compositeur complice de M.Bellochio sur dix de ses films, il nous a
expliqué pourquoi son travail était si fascinant. "La musique a la possibilité
de donner à l'image plusieurs sens, c'est comme une interprétation, car une
scène sans musique peut être vue de différentes façons." Par exemple avec une
certaine musique, on peut croire qu'un homme qui marche va rejoindre sa
fiancée, alors qu'avec une autre musique, on peut faire croire qu'il va
s'apprêter à commettre un crime. Il a ajouté qu'il arrivait à trouver sa propre
liberté à l'intérieur même d'un projet. Composer pour soi-même et composer la
musique d'un film sont deux entreprises artistiques différentes : quand on
compose notre propre musique, nous y mettons toute notre intériorité. Mais
quand nous composons pour le film d'un autre, il faut s'intégrer au projet du
réalisateur, du metteur en scène, du chef opérateur, etc. sans pour autant
renier sa sensibilité personnelle d'artiste car : " Le geste musical, c'est
comme un geste d'amour. "
Enfin bref, une journée en apothéose qui nous a permis de rencontrer des
invités simples, chaleureux et disponibles ! Et il n'y avait que le festival de
Pau pour nous les faire découvrir !
Les lycéens de Jacques Monod et Claudia
Cardinale
Alexandre Castagnet, Mélanie Péré, Jean Coudray, Clothilde Royer,
Clémence Grosbois et Liane Morin.